Billet d’humeur

C’est reparti !

Les temps difficiles génèrent des décisions budgétaires arbitraires lesquelles aggravent les difficultés. Si au moins ces mesures de restriction étaient appliquées dans les règles démocratiques ! Trouver des solutions égales : – 5% pour tous. Mais non. 20% pour des compagnies comme la nôtre.

On commence par fragiliser les plus faibles. Précariser des emplois, voire nous encourager à en supprimer. Saper des lieux qui se sont érigés sur les décombres du passé -mémoire urbaine : des cinémas, lavoir, ferme…- pour les renvoyer à la ruine.

Pourtant le pouvoir culturel semblait avoir changé de tactique, oui, oui, démocratique même ! mais, on le voit, il n’a toujours eu qu’un seul but: mettre en valeur ses choix, aux dépens de tout ce qui les embarrasse. Leur fameuse exception culturelle qui permet d’excepter tous les autres. La distinction qui au lieu de découvrir, sépare, rejette, supprime. En supprimant on croit avoir trouvé la solution.

Mais quelle solution ? Quelle solution peut émaner d’un ministère qui délibérément balaye la création à Stains comme dans d’autres lieux de proximité implantés sur tout le territoire.

Depuis quatre décennies, au Studio Théâtre, des citoyens rencontrent ceux du département ou de Paris, autour des spectacles où la parole des gens recueillie par Bourdieu, voisine celle de Hugo, Rousseau, Kacimi, Meeterlinck, La Fontaine, Samyra El Ayachi…

Comment ignorer que des milliers de spectateurs.trices, de tous âges, découvrent, grâce à la création, un au-delà où la rencontre, l’échange, le  débat autour des problèmes actuels peuvent être possibles; comment ignorer que les actions culturelles sont intrinsèquement liées au travail de création et qu’ensemble elles permettent cette connexion établie avec le plus grand nombre; cette mixité qui favorise l’inversion d’idées toutes faites, d’a priori qui enferment les  banlieues dans l’enclos de l’échec, du renoncement; comment ignorer cette édifiante action qui tisse un lien social, s’oppose à la violence de l’institution et à ses choix sélectifs. Car nous en sommes persuadés, la création est le rempart de la liberté, le socle de l’Education. Son levain. Mais, de l’arbre, on ignore les racines. On ne veut voir que le fruit. La fameuse cerise, en plus du gâteau !

Nous voici donc à la case départ. Sisyphe(s) peinant à élever le niveau de la compréhension.  

Nous avons connu d’autres conflits avec la DRAC. Grâce à notre dernière lutte, une case qui n’existait pas, fut créée. Nous avons rempli toutes les exigences du cahier des charges. On loue nos créations, notre travail, la gestion de notre budget, l’accueil fait aux compagnies en résidence et… on coupe. Avec une parfaite absence de retenue. Etrange, ou plutôt fallacieuse économie pour masquer un choix de société. Et ce n’est que l’avant-garde de mesures qui vont déferler avec une violence sociale, culturelle, symbolique encore plus radicales !

Car si notre lutte avait permis d’entr’ouvrir une porte sur l’essentiel d’une action artistique, cette fois-ci elle s’ouvre en grande béance sur une nouvelle impasse ! A force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on oublie l’urgence de l’essentiel. E.Morin

 

Nous résistons, résisterons face à ce rouleau compresseur élitaire qui veut tout éroder, euthanasier puis supprimer ; qui, au lieu de rassembler, sépare : chacun chez soi, entre soi.                                                    La Ville-Lumière peut-elle éteindre tous les phares ?